Mon plus grand ennemi : moi-même

«Je ne suis pas à la hauteur », « Je ne devrais pas tomber si bas », telles sont les injonctions qui m’envahissent lorsque je constate un gouffre entre ce que je veux et ce que je fais réellement. Dès lors peut naître en moi une douloureuse guerre civile. La tradition philosophique appelle acrasie cette faiblesse de la volonté, littéralement cette impuissance. Ainsi, je peux être le terrain de conflits intérieurs plus ou moins violents que Paul résume d’une phrase dans l’Épître aux Romains (VII, 15-21) : « Ce que je veux, je ne le fais pas; mais ce que je hais, je le fais. »

La lecture d’Introduction à la psychanalyse de Freud me donne quelques pistes pour mieux assumer mes contradictions. D’abord, il pointe le danger qui consiste à refouler, à fermer les yeux, à nier mes contradictions. Ce refoulement épuise, et, tôt ou tard, le conflit réapparaît avec une violence accrue. Comme préalable, il s’agit de plonger en moi sans craindre d’y rencontrer les tiraillements, la foule des désirs opposés. La vérité sert ici de guide, elle libère. Souvent, je désire vainement terrasser l’ennemi, en être définitivement débarrassé. Mais celui-ci me résiste et la lutte finit par m’épuiser.

Je trouve dans les lignes du penseur viennois une voie médiane. Dans une guerre intérieure, Freud affirme que « ce n’est pas résoudre ce conflit que d’aider l’un des adversaires à vaincre l’autre ». Car tôt ou tard, le vaincu repartira à l’assaut. La voie médiane proposée par le père de la psychanalyse dégage donc un autre chemin.

Il ne s’agit pas de suivre tous nos désirs jusqu’à épuisement, mais plutôt de tenter de parvenir à un équilibre harmonieux entre les forces en présence. Ainsi, il m’invite à cheminer vers la réunification de ma personnalité. Platon parlait déjà de la justice de l’âme. Précisément, il convient de donner leur juste place aux éléments qui nous constituent, et de permettre à nos faiblesses et nos fantasmes d’exister sans les mépriser. Pas à pas, je peux me diriger vers cette justice intérieure où chaque composant de ma personne peut vivre sans devenir un tyran ou un esclave. Mais une soif de sécurité me voudrait lisse, clair, dépourvu du moindre paradoxe.

Cependant, je peux assumer étape par étape la vie qui progresse en moi, dense, complexe, fluide. Ainsi, après avoir reconnu et admis les champs de bataille qui me troublent, je puis avancer dans une acceptation sans complaisance qui fait de moi un être en chemin, un élan vers l’unité et la paix.

Alexandre Jollien – Janvier 2009http://www.alexandre-jollien.ch/


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